Friches vertes au long cours. Exploration des processus de publicisation et de privatisation sur deux friches centrales à Tirana et Istanbul
Franck Dorso  1@  , Stela Muçi  1@  
1 : LABÚRBA
Université Paris-Est Marne-la-Vallée, Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne - Paris 12 : EA3482

A Tirana et Istanbul, la résilience de deux grandes friches centrales permet d'explorer sur un temps long les processus de publicisation et de privatisation, que l'on voit plus souvent se développer sur des temps réduits. 

 

A Tirana, de vastes prairies urbaines empierrées d'environ 25 hectaresbordent le centre-ville et voisinent avec des projets d'infrastructures et d'espaces publics en cours de construction. Ces friches n'ont jamais été construites et la ville les a englobées lors du processus d'urbanisation très rapide des années 1990. Elles donnent l'impression d'être en grande partie livrées aux usages informels (pâturage, commerce, extensions domestiques, sociabilités, transgressions) mais font l'objet de pratiques de contrôle bien organisées localement, et qui permettent d'observer des chevauchements de statut et d'usage privé et public.

 

A Istanbul, les territoires non construits qui bordent la muraille antique de la vieille ville font l'objet d'appropriations informelles depuis plus d'un siècle, et parviennent à se maintenir en dépit des opérations de patrimonialisation. Ce triple ruban (terrains extérieurs, intérieurs, et l'intérieur du rempart lui-même) de sept kilomètres de long est largement ensauvagé et utilisé, en partie sous la forme de maraîchage et en partie pour des usages plus labiles. Si la question du statut foncier ne se pose qu'entres services publics, les pratiques installées sur place depuis aussi longtemps produisent des formes de publicisation et de privatisation des espaces et, en l'absence de projet institué, un aménagement endogène d'une portion de ville que l'on peut qualifier d'habitée.

 

La communication présentera dans un premier temps un bref historique des deux sites, destiné à comprendre la durabilité surprenante de ces deux friches étendues dans des contextes de fortes croissance et pression foncière sur les espaces centraux.

 

L'analyse des pratiques permettra ensuite d'explorer des processus originaux de publicisation et de privatisation de ces friches, qui ne vont pas ici dans un sens unique (du public vers le privé – ou inversement). Le temps long a également permis le maintien ou le développement d'un couvert végétal riche, dont la matérialité contribue à déterminer les pratiques. La communication tentera d'expliciter le rôle de cette dimension dans les processus observés, en regard notamment des espaces verts institués.

 

Enfin l'approche comparée des deux sites suggère de porter la question sur les plans opérationnel ou politique. On voit en effet se développer des formes d'aménagement urbain en actes(et sans projet), ouvrant sur les questions renouvelées du droit à la ville. Dans quelles mesures ces pratiques peuvent-elles circuler ou dialoguer avec les pratiques de l'aménagement institué ? Les envisager comme des pistes pour l'action permettra de conclure sur des contradictions et des apories, par exemple sur les questions de l'intervention, de la régulation et plus globalement de l'agir urbanistique.



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